On a beau avoir de la bouteille, avoir vu et vécu des événements épouvantables, il arrive encore que certains jours votre sang se glace devant l’étendue des crimes, quand l’Histoire se joue et que le pire survient. L’attaque – ou n’était-ce pas plutôt une invasion ? – d’Israël par le Hamas, le 7 octobre dernier, constitue ainsi un événement d’une ampleur inédite dans une région qui vit pourtant depuis des décennies au rythme de tragédies dantesques. Le bilan même, plus de 1.000 morts sur une population de 9 millions de personnes, donne le vertige. Et personne ne pleurera les 1.500 membres du Hamas que les forces israéliennes affirment avoir tués.
A ce stade, et alors que les combats se poursuivent, on ne peut que commenter ce que l’on voit, ce qui n’a guère de valeur. Les plateaux de télévision sont, comme à chaque fois, farcis de toutologues cherchant la caméra comme un cadre du RN son officier traitant russe et alignant les lieux communs ou les approximations putassières.
Naturellement, l’ampleur de l’attaque, déclenchée un demi-siècle jour pour jour après le début de la Guerre du Kippour, son mode opératoire (il s’agit de la première action terroriste combinant terre, air et mer, et c’est digne des plus importantes opérations du LTTE), l’association de tueries de masse et d’enlèvements, et la diffusion en temps réel de vidéos des victimes font de l’action du Hamas une opération inédite, proche dans son abjection de ce que firent les jihadistes tchétchènes à Beslan. Nous sommes à présent dans l’inconnu, la rationalité stratégique de la réponse israélienne pouvant être contrebalancée par le désir de se venger et de laver un affront historique. Tout au plus pouvons-nous nous interroger sur les buts de guerre du Hamas, qui ne peut croire à sa victoire finale et joue peut-être la carte du pire, tente de modifier le rapport de force, ou tente de saborder la progressive normalisation diplomatique en cours entre Israël et quelques pays arabes. Pour mémoire, les attentats du 11-Septembre, coup terrible porté au cœur des Etats-Unis, avaient bien failli emporter Al-Qaïda, sauvée de justesse de sa déroute de l’automne 2001 par l’invasion de l’Irak en 2003. Le Hamas joue donc ici une partition équivalente et on se demande s’il ne pêche pas par orgueil ou par aveuglement idéologique. On souhaite, en tout cas, qu’il paye le prix le plus élevé possible après ce qu’il a fait samedi, même s’il faut regretter par avance le prix que va payer la population palestinienne, dont le sort n’a jamais intéressé personne, soit dit en passant, à part la Jordanie. Le Hamas, inscrit en septembre 2003 sur la liste européenne des groupes terroristes, n’a jamais été digne de représenter les Palestiniens, n’a jamais rien obtenu pour eux et ne saurait, en aucune façon, être qualifié de résistant.
Il est malheureux que dans notre pays, pourtant si durement et régulièrement frappé par le terrorisme depuis des décennies il se trouve encore des voix pour confondre terroristes et résistants ou pour renvoyer dos-à-dos bourreaux et victimes. C’est malheureux mais ça n’a hélas rien de surprenant. Tout au plus peut-on y voir la terrible confirmation de ce que nous sommes de plus en plus nombreux à dénoncer. Les choses, en réalité, sont d’une grande simplicité pour peu qu’on ait un cerveau et une conscience : la résistance est une démarche politique et le terrorisme un mode opératoire. Un résistant qui pratique le terrorisme est un terroriste, et les comparaisons avec les résistants français ou tchèques pendant la Seconde Guerre mondiale sont indignes. De la part de supposés historiens, elles sont simplement abjectes. Et puisqu’il faut aussi le rappeler, une armée qui bombarde sciemment des populations civiles commet un crime de guerre. Là aussi, les choses sont claires.
Or, qu’avons-nous lu et entendu depuis samedi ? Les misérables contorsions des Nains soumis et du Lider Minimo pour déplorer la violence sans jamais blâmer le Hamas, pourtant auteur d’une attaque d’une sauvagerie sidérante et désormais à l’origine d’une crise qui pourrait tous nous emporter. Mais est-on pour autant surpris par ce que Le Monde qualifie aimablement d’ambiguïtés ? Mille fois non. La secte dont JLM est le gourou a depuis des lustres délaissé les idéaux de la gauche pour se vautrer dans la fange, jusqu’à sembler justifier une opération terroriste qui a d’ailleurs tué des Français.
Personne n’a jamais rien attendu du RN, successeur embourgeoisé du FN, un parti de collabos et d’anciens nazis, désormais collé aux délires impériaux russes. On n’attendait guère plus de LFI, qui se prétend contre toute évidence de gauche alors que son fonctionnement, ses positions et le comportement de ses élus évoquent, au mieux une assemblée de chasseurs ivres un soir de comice agricole, au pire un groupe de chemises brunes marchant sur Rome.
Où sont les grandes figures de la gauche française, obtenant ou défendant des acquis sociaux et l’égalité des genres, luttant contre les violences sexistes, le racisme et l’antisémitisme, se rangeant par principe du côté des victimes, promouvant la démocratie, le peuple, le droit, la raison contre les croyances religieuses et l’unité de la nation contre les communautés, condamnant les tyrannies et reconnaissant que les États occidentaux, dont les Etats-Unis, malgré leur histoire, valaient bien mieux que l’Union soviétique, la Chine communiste, les dictatures arabes ou les satrapies caribéennes ?
La réaction des élus LFI à l’attaque du Hamas a révélé l’étendue de leur corruption morale. Insensible à l’abjection des images diffusées par les terroristes eux-mêmes, la secte n’a pas condamné le Hamas mais a renvoyé dos-à-dos l’agresseur et la victime selon le raisonnement bien connu des violeurs et des harceleurs (« Mais, Monsieur le juge, cette salope portait une jupe »), ce qui n’étonnera pas si on se souvient de l’admirable gestion de l’affaire Quatennens par le Lider Minimo et ses séides. Justifier une attaque contre des civils en raison de la politique de leurs dirigeants est un raisonnement d’assassin, mais là encore il faut se souvenir que les Nains soumis ne sont jamais si heureux qu’avec la lie de la planète. Depuis plus de dix ans, on les a ainsi vus défendre le régime syrien (y compris en relayant des théories tellement moisies que même l’IRIS n’en veut pas) et, toujours et encore, relayer la propagande russe au sujet de l’Ukraine avec une régularité suspecte. Bien entendu, on ne les a pas entendus commenter la révolte en Iran et encore moins condamner les tortures subies par les révoltées (« Mais, Monsieur le juge, cette salope ne portait pas son voile »), et le rapport des insoumis avec les violences policières est très étonnant : dénonçant en France une police supposément meurtrière, ils ne trouvent rien à redire aux pires exactions commises par Moscou ou Damas. La France insoumise n’est pas le parti de Jaurès mais celui de Robespierre d’opérette, appelant à la révolution depuis les bureaux chauffés de leurs universités ou de l’Assemblée.
On aurait pu croire qu’un parti prétendument de gauche aurait eu particulièrement à cœur de combattre l’antisémitisme. Les préférences diplomatiques du Lider Minimo montrent au contraire que les discours antisémites russes ou syriens ne sont aucunement un problème, comme le confirme sa défense douteuse de Jeremy Corbyn. Ne pas condamner fermement le Hamas après son attaque de samedi implique, au-delà même de la nature de cette opération, que les relations de ce mouvement avec l’Iran et le Hezbollah libanais ne sont pas problématiques. Or, elles le sont, d’abord parce que le Hezbollah est lui aussi un mouvement terroriste, qui a de surcroît participé à la répression de la révolution syrienne, ensuite parce que la République islamique d’Iran est ce qu’elle est et qu’elle fait subir ce qu’elle fait subir à sa propre population. Mais ça ne peut pas troubler les cœurs d’airain de nos fiers insoumis, prêts à nous sacrifier pour la plus grande gloire de la cause – à supposer qu’ils sachent la nommer.
Les propos entendus samedi matin, plaçant sur un même plan agresseurs et agressés, étaient ignobles. On doit, naturellement, contextualiser les événements, décomposer les séquences, chercher des réponses quand la poussière est retombée, mais on doit surtout, impérativement, sans que ce soit négociable, prendre d’abord en compte la souffrance des victimes. Que des responsables politiques aient pu, dès samedi, alors que circulaient déjà des images abjectes, appeler à une désescalade ou laisser entendre que l’opération du Hamas n’était qu’une réponse, somme toute légitime, à la politique israélienne laisse stupéfait devant une telle ignominie. Le pacifisme, comme trop souvent, n’est ici qu’une soumission volontaire qui confine à la pire des abjections et s’apparente à de la collaboration. Pour des gens qui comparaient récemment Fabien Roussel à jacques Doriot, ça ne manque pas de sel.
Mettre sur le même plan Israël et le Hamas, c’est mettre sur le même plan une démocratie à la société civile dynamique et aux débats politiques vifs et un groupe terroriste islamiste radical. S’opposer à une puissance supposément occidentale n’autorise pas tous les crimes, et les plus anciens se souviendront qu’en 1996 déjà le Hamas, après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, avait confirmé sa nature en pesant sur les élections parlementaires israéliennes par une série d’attentats afin de faire élire Benjamin Netanyahou et se doter ainsi d’un adversaire refusant la paix. Tout le monde n’est pas Talleyrand et Mathilde Pannot, en refusant de prononcer le mot qui fâche, n’est nullement ambiguë et montre tout ce que nous devons penser de son parti et de cette gauche, celle des procès de Moscou et des Khmers rouges, de Mao et d’Action directe, des assassinats politiques et des mensonges répétés jusqu’à devenir des vérités.
Quand un groupe religieux fanatique soutenu par les pires ordures de cette planète tue plus de 1000 personnes, en blesse des milliers d’autres, promène dans les rues des cadavres dénudés de soldates – et on ose à peine penser à ce qui arrive aux prisonnières -, enlève des mères et leurs enfants et s’en sert comme boucliers humains, on rend hommage aux victimes, on présente ses condoléances aux familles et on garde le silence. Se taire est la meilleure façon de paraître presque digne quand on n’est pas habitué à l’être.
